Contexte

En l’absence d’une tradition française en histoire de l’art des Balkans modernes et contemporains, ce sont d’autres disciplines (histoire, sociologie, géographie, anthropologie, sciences politiques, langues et littératures, etc.) qui ont comblé ce vide en jetant une diversité de regards sur ces objets d’études. Les recherches françaises et francophones sont en effet faites de ces apports disciplinaires, et c’est par ces méthodes et épistémologies croisées qu’elles se caractérisent. Il en va de même au niveau aréal : les arts dans les Balkans ont souvent été étudiés à l’intérieur d’autres cadres (géographiques, politiques, confessionnels, etc.). Tous ces croisements ont permis de penser les pratiques artistiques dans des perspectives transdisciplinaires et transnationales. Aujourd’hui, une nouvelle génération de spécialistes, de chercheuses et chercheurs, ainsi que d’actrices et acteurs de la culture, s’attelle à des questionnements incluant volontairement les dimensions esthétiques et formelles.

 Ce colloque s’inscrit ainsi dans ce tournant académique propice à la réévaluation méthodologique et thématique des cadres d’analyse appliqués aux arts. Il privilégie une approche diachronique (de la création à ses transformations) faisant dialoguer les études des dynamiques impériales à l’œuvre depuis l’époque moderne avec les recherches portant sur les Balkans contemporains. Cette ouverture permet de questionner les évolutions formelles, conceptuelles et matérielles des œuvres en mettant en évidence emprunts, chevauchements et tensions. L’inclusion d’une telle dimension historique vise également à questionner la matérialité des œuvres dans ses multiples facettes, au-delà des seules études patrimoniales.

C’est également dans une perspective inclusive et comparative que nous souhaitons envisager, à cette occasion, l’espace créatif des Balkans. Il s’agira de l’entendre comme un cadre aux horizons fluides, dans lequel les histoires des arts peuvent s’exprimer au travers de propositions aussi bien nationales, régionales, diasporiques (« hors de la nation ») que globales. Une telle analyse privilégie l’étude des circulations, invitant aux mises en rapport formelles et théoriques.

Il convient enfin de souligner qu’enrichie par la francophonie/francophilie de certains des pays de la région et par l’internationalisation des travaux des spécialistes, la recherche française sur les Balkans se confronte aux questions linguistiques : les activités de traduction restent peu développées. L’anglais s’impose donc comme territoire commun pour la majorité des chercheuses et chercheurs, et de fait pour ce premier chantier de recherche. Il sera l’occasion de penser les différentes problématiques que soulève ce choix, notamment en ce qui concerne nos épistémologies : entre traduction, transfert et ponctuelles inadéquations voire incompatibilités.

Les propositions pourront sarticuler autour de ces axes thématiques, sans sy limiter : 

  • Approches prosopographiques et formelles

Les multiples histoires des arts des Balkans se prévalent d’une longue tradition méthodologique incline à la reconstitution biographique et à l’étude prosopographique des parcours des artistes. À cela s’ajoute une vaste littérature consacrée aux études formelles et formalistes des œuvres produites. Comment peut-on envisager l’écriture monographique aujourd’hui ? Ces travaux contribuent-ils à une meilleure compréhension des dynamiques à l’œuvre dans les différents cadres nationaux ? Quels sont les modèles formels appliqués à la lecture des arts de la région ? 

  • Transferts, échanges et circulations

Cet axe propose d’examiner la question des transferts, des influences et des circulations sans les réduire à des oppositions ou à des comparaisons forcées. À partir d’une histoire croisée des pratiques et des théories artistiques, est-il possible d’étudier les relations entretenues entre les différentes scènes balkaniques avec les centres de production extérieurs, en termes de contaminations, de partages, d’analogies, mais aussi de différences ? Quels sont les apports des approches postimpériale et postcoloniale aux études des échanges artistiques ? 

  • Constructions identitaires, nationales et politiques

Les arts ont souvent participé aux phénomènes de formation ou de transformation des identités pendant ou au lendemain des moments de rupture. En parallèle, on assiste à l’apparition d’histoires des arts confortant certaines lectures nationales, identitaires et religieuses et certains combats politiques. Comment peut-on évaluer et interpréter la participation des artistes aux différentes revendications dans ces multiples contextes de transition ? Quel a pu être le rôle joué par les pratiques artistiques dans la mise en visibilité des traumatismes et leur gestion ? Comment l’intégration européenne et les développements géopolitiques contemporains contribuent-ils aux questionnements portés par les productions artistiques récentes ?  

  • Nouvelles luttes sociales et nouvelles formes d’engagement

L’historiographie consacrée aux arts dans les Balkans accorde désormais une place majeure à l’inclusion de thématiques et d’approches méthodologiques inspirées par les combats sociaux actuels. Il semble pertinent de se demander quelle est la place donnée aux pratiques féministes et intersectionnelles, ainsi qu’aux enjeux écologiques dans les pratiques artistiques. Quelle est leur fonction au sein des démarches esthétiques et activistes ? Comment ces luttes entrent-elles enfin en synergie avec d’autres combats de société ? 

  • Enjeux mémoriels et patrimoniaux

 La profusion de récits mémoriels a eu des implications directes dans les différentes étapes de la construction identitaire, religieuse ou nationale, aussi bien à l’époque des empires qu’aujourd’hui. Cela s’accompagne souvent d’une redéfinition profonde des politiques patrimoniales, soumises au caractère instable des fabrications de l’histoire. Au vu de ces contextes fluctuants, quelles sont les dynamiques mémorielles à l’œuvre dans les politiques culturelles et patrimoniales, nationales et/ou régionales ? Quelles sont les évolutions des institutions muséales et de leurs collections ? Comment les artistes interagissent-ils avec le passé ? Quelles sont les conditions historiques et artistiques qui encadrent l’édification de monuments et quel est le rôle joué par les arts dans la construction de discours autour de ces témoins de passés parfois dissonants ? 

  • Institutions, réseaux et espaces

 La fragilité du soutien des instances institutionnelles à la production artistique oblige les acteurs culturels à élaborer de nouvelles stratégies d’(auto-)organisation. Que peut nous révéler la cartographie des institutions publiques, paraofficielles ou alternatives ? Peut-on retracer leurs histoires et leurs développements ? Quel est l’impact de la mondialisation sur les réseaux artistiques locaux et les développements récents du marché de l’art dans les Balkans ?

 Un workshop ouvert aux étudiantes et étudiants sera organisé autour de la réception croisée des recherches nationales et internationales. Les participantes et participants seront conviés à échanger dans un cadre informel afin de faire émerger des réflexions concernant des enjeux épistémologiques communs.

Comité scientifique

Comité d’organisation

Daniel Baric (SU, EurORBEM)
Ina Belcheva (Université Sorbonne Nouvelle, LIRA EA 7343)
Na
ïma Berkane (SU, EURORBEM)
Falma Fshazi (EHESS, CETOBaC)
Alessandro Gallicchio (Académie de France à Rome – Villa Médicis)
Melody Robine (EHESS, CETOBaC)
Vincent Thérouin (SU, Centre André Chastel)

Comité scientifique

Eloïse Brac de la Perrière (INHA, SU)
Victor Claass (INHA)
Nathalie Clayer (EHESS, CETOBaC)
Milena Dragićević-Šešić (University of Arts, Belgrade)
Irina Genova (New Bulgarian University)
Maximilian Hartmuth (University of Vienna)
Zef Paci (University of Arts, Tirana)
Jean-Baptiste Minnaert (SU, Centre André Chastel)
Gilles de Rapper (É
cole française d’Athènes)
Clara Royer (SU, EurORBEM)
Pierre Sintès (AMU, Telemme)

Comment poser sa candidature ?

Les propositions de communication seront rédigées en anglais et ne devront pas dépasser une page (Times New Roman, 12, interligne 1,15). Merci de joindre une brève biographie (350 mots maximum). Les communications dureront 20 minutes, suivies d’un moment de discussion.

Les propositions sont attendues jusqu’au 30 juin 2025 à cette adresse : conferenceartsbalkans@gmail.com

Les propositions seront expertisées en septembre 2025.

La conférence donnera lieu à une publication.

Les coûts de transport et de logement seront pris en charge par les institutions organisatrices.